Napoléon : des Films made in Corsica

Le Bicentenaire de la mort de Napoléon est l’occasion, pour Corsica News, de revenir sur un fait peu médiatisé : la production audiovisuelle corse consacrée à l’enfant d’Aiacciu devenu le maître de l’Europe.

Escamotée derrière les films à gros budgets, français et de diverses origines, la création émanant de réalisateurs insulaires s’avère pourtant d’un grand intérêt, à double titre : pour l’éclairage de certains points d’histoire et pour le reflet qu’elle donne de l’image, forgée par des insulaires, de leur compatriote le plus célèbre.

Marie-Pierre Valli avait signé la première œuvre locale consacrée à Bonaparte, avec le seul documentaire réalisé en langue corse sur le sujet. Produit au début des Années 2000 dans le cadre de l’émission Ghjenti de ViaStella, il a porté un nouveau regard sur les rapports entre le futur Empereur et Pasquale Paoli. Ce thème a été évoqué également, en 2015, dans le moyen-métrage de Rinatu Frassati, Les exilés, mais sous l’angle d’une fiction.

Dans Rue Bonaparte, un documentaire produit en 2010 et qui a quant à lui pour cadre l’époque actuelle, Isabelle Balducchi suit le parcours de Corses investis dans les spectacles consacrés à la mémoire napoléonienne, dans l’île et à l’extérieur. La même réalisatrice consacre son nouveau documentaire, Napoléon, insulaire dans l’âme, diffusé à la mi-mai sur ViaStella, à l’empreinte de l’insularité dans la vie de l’Empereur, de la Corse à l’île d’Elbe et Sainte Hélène.

En 2016, Dominique Maestrati avait pour sa part mis en exergue, dans Bonaparte, côté noir, la face la plus sulfureuse de Bonaparte : le rétablissement de l’esclavage et la féroce répression menée contre les insurgés des Caraibes.

En 2019, c’est une histoire moins tragique et dont le cadre est la Corse-même qui est évoquée dans un court-métrage consacré à l’enfance de l’empereur. Réalisé par Isabelle d’Olce, il a été tourné à Aiacciu et c’est le jeune Natale Desanti qui interprète le rôle principal. Le film est bilingue, même si son titre, Au commencement, ne l’indique pas.

Encore inédit, un dyptique signé par Marie-Anne Andreani, est à découvrir sur ViaStella, le 26 mai. Intitulé « Les Bonaparte », il revisite le parcours de Napoléon via de nombreuses archives méconnues, à partir de l’histoire de sa famille, de la solidarité clanique de ses membres à leur ambition effrénée, qui a permis au fils prodigue d’accéder à un destin exceptionnel. En effet, même si c’est le génie de Bonaparte qui a fait la différence, par rapport à d’autres Corses très brillants de sa génération, il n’aurait pu devenir ce qu’il a été sans les siens.

Cette investigation, comme la majorité de ces productions locales, battent en brèche la vision, encore très répandue dans l’Hexagone des Corses « Bonapartistes ». Le film de Dominique Maestrati est même l’un des plus féroces pamphlets produits sur Napoléon. Il a été réalisé avant même que la thématique sur l‘esclavage ne revienne en force, comme elle le fait depuis deux ans, boostée qu’elle a été par le vingtième anniversaire, cette année, de la Loi Taubira, si importante dans la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité. Le film de Dominique Maestrati est d’ailleurs présent sur le site de la Fondation de la Mémoire de l’esclavage.

Etonnamment par contre, aucun documentaire ni film n’a pour l’heure été consacré par des Corses à la répression menée dans leur île, presque en même temps que dans les Caraibes, par Bonaparte, même si bien évidemment la violence extrême déployée contre les insurgés antillais est sans commune mesure avec celle qui s’est ancrée en Corse. Napoléon a malgré tout mis sa propre île natale hors-la-loi, hors-constitution, entre 1800 et 1802. L’évènement a pesé lourdement sur l’histoire insulaire, car il a eu des prolongements durant de longues années, notamment lors de la sanglante répression de la révolte du Fiumorbu, dans le village d’Isulacciu, en 1808. 

Le tournant de 1800-1801 qui a ouvert les portes aux dragonnades de Morand, avait sa place aussi dans les commémorations de cette année : c’était le 221e anniversaire de la mise hors-constitution de la Corse par son célèbre fils ! C’est pour l’heure un trou noir de la production documentaire ou filmique insulaire consacrée à Napoléon. Contrairement au sanglant épisode des Pendus du Niolu, en 1774, évoqué dans le court-métrage Marcu Maria, de Julie Perreard, la répression menée dans l’île par le Corse le plus connu au monde est restée en marge de la création audiovisuelle.

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Au-delà des vides surprenants entourant certains sujets, un fait marquant émerge de cette production locale consacrée à Napoléon : la part importante des femmes. 6 des 8 œuvres sont signées par des réalisatrices !

Antonia Benedetti

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