FLNC « Maghju 21 »

Sept ans après l’adieu aux armes du FLNC, créé en 1976,  un nouveau groupe armé, se présentant sous le nom de FLNC Maghju 21, a fait irruption sur la scène politique insulaire, via une conférence de presse clandestine regroupant huit militants, cagoulés et armés de fusils mitrailleurs et d’armes de poing.


Elle a eu lieu le 5 mai, une date très symbolique:  c’est celle de la création du premier flnc. L’évènement a été rendu public par France3corse, le seul média convié, qui a publié le long communiqué de ce nouveau groupe armé sur son site.Dans sa conférence de presse et dans son texte, le  FLNC Maghju 21 dénonce le fait que l’Etat, malgré le dépôt des armes,  n’a  fait “aucun geste significatif”  d’une volonté de solution politique, ni “envisagé un transfert de souveraineté comme en bénéficient toutes les îles de Méditerranée depuis des décennies”. Le groupe armé, qui se présente comme composé de “patriotes issus de toutes les structures” clandestines aujourd’hui dissoutes,  ne s’en tient pas seulement à une dénonciation de l’Etat. 

 

La critique des élus nationalistes de la Cdc

 Le FLNC Maghju 21 fustige les élus de la coalition Pè a Corsica, qui sont au pouvoir depuis 2015  à la Collectivité de Corse, et qui selon lui n’ont pas “su se hisser à la hauteur des enjeux”. Ils auraient été ” plus dans la gestion d’une Collectivité que dans la construction d’une Nation”.  Il leur est reproché de faire preuve de “plus d’énergie dans la campagne permanente et l’électoralisme” que dans leurs actions au quotidien et la volonté de s’imposer par “la crédibilité de leurs propositions”. Pire, ils auraient été incapables, non seulement de “gérer les affaires courantes” avec efficacité, et d’apporter les réponses souhaitées sur les quelques compétences qui leur sont dévolues – dans des dossiers comme le transport maritime et le traitement des déchets- mais surtout, ils n’auraient pas su “créer un rapport de force politique avec l’Etat”. Ils se seraient laisser enfermés dans une “gestion au jour le jour”.

Le mouvement clandestin appelle au sursaut, car pour lui la Corse est en grand danger, livrée qu’elle est aux appétits financiers de groupes “qui s’accaparent les secteurs stratégiques avec l’aval de l’Etat et dans l’indifférence des élus”. En ligne de mire, “les monopoles dans les transports,  la (grande,ndlr) distribution et les carburants” : des domaines où certaines voix de la société civile pointent l’emprise mafieuse. 

L’emprise mafieuse

Le FLNC Maghju 21 dénonce précisément ce fléau, soulignant qu’il se renforce selon lui, notamment via la spéculation immobilière et le trafic de drogue. Cette situation de” gangrène mafieuse”  se manifeste, d’après le nouveau mouvement clandestin, par les assassinats actuels,  qui “dépassent la sphère du règlement de comptes et touchent des travailleurs, des honnêtes citoyens, et même, ces derniers mois, des patriotes sincères”. Pour les observateurs, cette évocation ferait référence à Massimu Susini, assassiné en septembre 2019 et Stefanu Leca, tué en octobre 2020.

Le nouveau Flnc souligne que la spéculation immobilière est “à ce jour inégalée sur notre sol”. Selon lui, ” la dépossession est généralisée”. Par ailleurs,  la nouvelle organisation clandestine  s’inquiète de la “colonisation de peuplement ” qui ” submerge notre petite société qui n’a pas les moyens politiques d’intégrer les flux entrants de populations extérieures à la Corse”. Le texte fait notamment référence à la “décorsisation des emplois qui est toujours la règle pour les postes d’encadrement dans de nombreuses administrations”. 

L’appel à voter nationaliste

Cette communication intervient à quelques semaines des Territoriales et les auteurs, malgré leurs critiques acerbes de la gestion nationaliste à la cdc, appellent malgré tout à voter pour les listes se réclamant de cette mouvance, mais en leur demandant d’être “sur des bases claires” :  celles de “l’élaboration d’un vrai projet de société en vue de l’émancipation  nationale du peuple corse”. Ce projet doit selon le nouveau Flnc être signifié avec force à l’Etat français, pour l’obliger à s’engager ” sur la voie d’un véritable processus de reconnaissance des droits historiques du peuple corse” incluant “la libération de tous les prisonniers politiques corses”.  

L’effet d’une bombe…

Le nouveau flnc ne s’est pas signalé par des attentats. Toutefois, l’évocation  d’un “redéploiement tactique” à venir, dans l’attente d’un véritable processus de règlement de la question nationale corse”, suggère cette éventualité. 

Le 24 octobre 2020, un commando cagoulé se réclamant lui aussi du FLNC avait rendu hommage à Stefanu Leca, condamné en mai 2007 pour des attentats, et  avait annoncé qu’il ne se contenterait plus “de simples apparitions,comme lors des obsèques de militant”.  C’était la dernière manifestation d’un groupe clandestin armé avant celle du FLNC Maghju 21. La procureure d’Ajaccio a précisé qu’une enquête allait être ouverte et que le Parquet national antiterroriste avait été avisé. A une date si proche des Territoriales,  cette résurgence d’un groupe armé, tout comme la teneur du discours de ces clandestins à l’encontre des élus nationalistes au pouvoir à la Collectivité de Corse, ont fait l’effet d’une bombe dans l’île.

 

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